By 18 février 2013 0 Comments

Le bonheur selon Bertrand Vergely

Paris, 13ème arrondissement, Le Mas – 17 janvier 2013. Bertrand Vergely, pose sa sacoche et s’adresse à l’auditoire : «La philosophie aime la non évidence des choses. Dans ce voyage à l’intérieur du bonheur, nous allons donc commencer à examiner le bonheur tel qu’il est communément perçu. Et puis nous examinerons les arguments pour arriver à notre propre définition du Bonheur». Le regard et le verbe sont profonds avec un soupçon de malice qu’un gros rhume ne parvient à éteindre. Bertrand Vergely n’aborde pas le bonheur ; il y plonge tout entier… et nous aussi !

«La première question que nous pouvons nous poser concerne notre quête du bonheur : le but de la vie est-il d’être heureux ?» Trois critiques majeures sont faites au Bonheur : son caractère illusoire, immoral et indigent. Ces critiques auraient tendance à nous culpabiliser dans notre quête du bonheur. Bertrand Vergely revient sur chacune de ces critiques et nous invite à la réflexion : et si le bonheur n’était rien de tout cela ?

  • Le caractère illusoire prend sa source dans la philosophie orientale. Ainsi, y aurait-il trop d’horreur, de tragédies dans le monde pour être heureux. L’homme est à l’origine de son malheur, il est l’artisan de sa propre souffrance. Prédisposé à engendrer le malheur autour de lui, l’homme est condamné au caractère éphémère d’un bonheur qui, par principe, ne peut durer. Dans cette perspective, la quête du bonheur a-t-elle un sens ? C’est là toute la tragédie humaine. Les hommes s’imaginent qu’ils vont être heureux, et c’est pour cela qu’ils ne le seront jamais.
  • Le caractère immoral du bonheur résulte tout naturellement de ce contexte général de malheurs qui s’abattent sur le monde, donnant à celui qui y échappe une posture d’insouciance, voire d’insolence : ne faut-il pas être profondément égoïste pour chercher son propre bonheur ? La rareté même du bonheur le rendrait élitiste, avec l’idée que seules quelques personnes pourraient y accéder. L’immoralité du bonheur résulterait à la fois de ses conditions d’accès et de la mise en retrait dans laquelle nous met immédiatement cet état de bonheur par rapport au reste du monde.
  • Le caractère indigent du bonheur ? Par essence éphémère, le bonheur laisserait un goût amer. On pourrait même se demander s’il y a une vie après le bonheur ! Peut-être que le plus grand malheur est d’avoir été un jour heureux… Allons jusqu’au bout : le bonheur ne rendrait-il pas «con» ? Le bonheur n’a-t-il pas tendance à rendre les gens insupportables ? Car finalement, ne sont-ce pas les gens malheureux qui ont les vies les plus passionnantes ? Les gens heureux n’ont finalement pas grand-chose à raconter. Ils n’ont pour horizon que la monotonie permanente d’un ciel bleu d’été.

Rentrons à présent  alors dans l’examen des arguments

Pour Bertrand Vergely, LE BONHEUR EST UNE RÉALITÉ.

Il est inscrit dans la structure même des choses. Dans un oiseau qui chante, dans un paysage. Notre malheur nous empêche d’y accéder. Mais il y a des moments où tout marche, tout s’enchaîne à merveille.  Nous faisons alors l’expérience physique du bonheur.

Le bonheur vient du latin «Bona Augura», bonne augure, autrement dit : ce qui commence bien. Le bonheur, même le plus court, résulte en une succession de moments miraculeux que Bertrand Vergely appelle les «cercles vertueux du temps». Qui n’a pas une fois dans sa vie ressenti cet état d’équilibre de l’existence, d’ harmonie avec le monde ? Où nous avons la sensation de faire partie d’un tout ? Ce bonheur n’est pas une vague notion, une utopie, une illusion. Il se vit, se ressent. Il se voit. Il y a bien du bonheur dans la vie, dans les choses. Atteindre l’état de bonheur, c’est un jour, une heure, un instant, avoir accès à ce bonheur qui se révèle dans sa réalité. C’est à ce moment-là qu’un paysage maintes fois traversé nous agresse par sa beauté, où l’on est dans la pleine perception des choses et des êtres.

«Les grandes expériences heureuses viennent d’une révélation de notre existence même».

  • Alors, immoral le bonheur ? Non si l’on considère que c’est un hommage à la vie !
  • Indigent ? Il n’y a d’indigent que notre manière de vivre le bonheur. Mais il suffit d’en accepter le caractère précieux et de le partager pour qu’il devienne tout le contraire. «Être heureux, c’est respecter l’être et les autres. Je dirais même que c’est fondamental. Le bonheur est le plus bel hommage que l’on peut donner à l’existence.»
  • Illusoire ? Sottise ! Le bonheur est RÉEL. Il suffit de le vivre une fois pour prendre conscience du bonheur d’exister. Que le bonheur soit éphémère n’est pas un problème. Au contraire ! Imaginons un instant qu’il fut éternel… voilà une perspective d’ennui assuré ! Et Bertrand Vergely de citer Bachelard «Je suis pour la discontinuité du temps !». Cette richesse donne une multitude de couleurs à ma vie en multipliant les occasions de bonheur. Et si les occasions de moments heureux se font rares, rappelons-nous qu’il suffit d’un bonheur pour remplir une vie. C’est la mémoire du bonheur qui nous permet de traverser le temps. Ni le temps, ni la mort, ni les tragédies qui nous entourent ne sont un obstacle au bonheur dès lors que l’on est décidé à RENTRER dans l’existence.»

Le philosophe rappelle à l’auditoire que c’est la tristesse qui est à la source de toutes les tragédies. Ce n’est donc pas le bonheur qu’il faut guetter comme un danger… mais la tristesse !

Pour être heureux, il faut être capable de dire OUI à trois formes d’existence :

  • une existence autre (celle que je n’ai pas encore vécue et qui annonce le commencement d’un autre état) ;
  • de l’existence autour de nous ;
  • de l’existence de l’Être.

Le bonheur, c’est la manière royale de rendre hommage au miracle d’exister 

Propos recueillis par Anne Josse pour Renaissance.

 

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